Instagram déshumanise le design


Instagram ne participe pas à la diffusion de nouveaux éléments visuels, il popularise seulement davantage les styles connus qui deviendront communs. Son influence dépasse le paysage virtuel. 

Le constat est sans appel, la plupart des comptes Instagram se ressemblent, les photos et les comptes les plus populaires sont identiques. Dans la course aux likes, ce n’est pas la différence qui est valorisée, les styles sont copiés, le cadrage des photos est imité, et les mêmes lieux sont visités pour assurer le succès de son prochain post et jouir du plaisir engendré par la dose de dopamine produite à la vue d’un nouveau j’aime.

Normalisation visuelle

L’esthétique dominante de notre monde est au minimalisme; les meubles scandinaves, le design japonais, la linéarité du style international ou encore de nombreuses références à l’art contemporain. L’homogénéisation du design a bel et bien commencé, Paris, Londres, Tokyo, Los Angeles, Barcelone, la distinction visuelle est difficile à faire entre les décorations des habitations situées autour du globe. Les réseaux sociaux n’y sont pas pour rien. L’art post-internet souligne l’influence d’une nouvelle esthétique propagée sur le web dans la formation des nouveaux artistes et designers. Ils trouvent leur inspiration sur le web avant de la retranscrire dans le réel.
@studioyellowtrace
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Visuel mais pas vivant
Des couleurs adoucies, des formes rectilignes ou encore des cadrages centrés et symétriques sont les nouvelles normes d’une photo Instagram réussie. Le design s’y adapte pour se conformer aux règles, il n’est plus que visuel, son aspect fonctionnel est réduit à néant. Aucun n’écrit à la vue, aucune explication, aucune trace humaine sur ses photos et aucune interaction visible entre l’individu et son environnement, l’usage des objets est définitivement remplacé par son aspect purement photogénique.

Du fait de son influence de plus en plus importante, le réseau social advient à faire partie du processus de création du designer. Avant même d’imaginer ce qu’il va concevoir, le designer devra en amont prendre en compte le fait que son travail devra finir sur Instagram, être apprécié et donc répondre à la norme visuelle du réseau. Les solutions pour éviter que notre décor physique soit un clone de notre paysage virtuel existent, l’enjeu est redonner une âme au design. Ne pas s’intéresser à celui que par son aspect Instagrammable. 

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Alternatives

YouTube est une alternative convaincante, la vidéo permet de comprendre, d’en savoir davantage sur la façon dont l’objet final a été imaginé et de savoir à quels besoins il répond. C’est ce que fait par exemple Kristen Dirksen qui rend visite en vidéo à des personnes vivant dans des habitations atypiques, et à leurs concepteurs. La fameuse chaîne TED laisse beaucoup de place aux designers, les Français Philipe Stark ou Mathieu Lehanneur ont déjà eu l’occasion de présenter leur vision du design et des exemples de leurs travaux. Les différents podcasts de Monocle sont l’occasion de découvrir un sujet lié au design en profondeur tout comme les innombrables blogs spécialisés dans le design. Autant d’opportunités de faire vivre le design en dehors d’une image et de rappeler son aspect artistique, technique ou social.

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