Art, drogues et dépression : rencontre avec Manicmanuel


Agé de 20 ans manicmanuel est originaire de Wilmington, en Caroline du Nord, mais vit actuellement dans la petite ville de Salem, en Virginie. Pour lui l’art est quelque chose de nouveau, qu’il a commencé début 2016. Malgré le fait qu’il n’a aucune formation formelle en tant qu’artiste, depuis le plus jeune âge il s’est toujours fasciné par l’absurdité générale de l’existence, les choses exposant des failles, et la vulnérabilité. 

« Tout le monde a une certaine forme d’autocritique et de confusion existentielle et je pense qu’il est très important que les gens sachent qu’ils ne sont pas seuls à cet égard. »

La représentation de son art et les dialogues sont simples, c’est à travers cela qu’il tente d’exposer ces choses en lui-même pour faire la lumière sur des thèmes où il se sent souvent balayé par crainte d’être jugé ou aliéné. L’art qu’il fait est finalement une forme de thérapie.

Dans tous tes dessins tu utilises un personnage masculin pour dénoncer, qui est il ? 

Il s’agit de moi, ma représentation. L’autodérision est un thème central de mon travail, même si naturellement je me suis mis dans les situations à portées de main. Je pense que beaucoup de gens me trouveraient trop autocentré si je critiquais constamment les autres en m’épargnant moi-même. Mais ce n’est pas le cas, car je m’inclus dans cette critique en me mettant dans les dessins. Ce personnage est aussi la marque de mon travail, ma signature.

La moitié de tes dessins abordent des thèmes tel que l’alcool, les drogues, la dépression… Pourquoi ?

La dépression et la toxicomanie sont des luttes que j’ai combattu et contre lesquelles je continue de faire face à ce jour. Non pas que la dépression et les médicaments vont main dans la main pour tout le monde, mais ils le sont très certainement pour moi. Je prends des drogues et de l’alcool comme des millions d’autres personnes dans le monde, mais très peu de gens tiennent à souligner cela de peur d’être jugés.

Plusieurs personnes m’ont dit d’arrêter d’associer certains médicaments avec la dépression et l’angoisse, mais à mon avis, les drogues et l’alcool peuvent être très utile dans un sens immédiat pour apaiser la douleur physique ou émotionnelle. Ce sont des choses récurrentes dans ma vie, c’est donc tout naturellement qu’elles prennent forme dans mon art.

Tu vis aux États-Unis et dans aucun de tes dessins tu ne parles de la campagne présidentielle qui aura lieu dans un mois, alors qu’en France on ne parle que de Donald Trump…

Pour moi, le système politique américain est un échec massif. Il est comme un mauvais film qui ne veut pas finir. Je n’ai aucune confiance dans les politiciens et dans le système lui-même. D’ailleurs, la plupart des gens qui discutent politique n’y connaissent rien des enjeux sociaux, économiques, politiques… Ils sont souvent entraînés par l’effet de bande ou régurgitent tout simplement ce qu’ils ont entendu dire.

Je refuse de prendre part à ce non-sens. Je regarde la politique pour ce qu’elle est, la plus grande fête foraine du monde, une forme de divertissement… un divertissement vraiment merdique.

D’où proviennent tes références, ton inspiration ? 

Je tire mon inspiration de beaucoup de choses différentes.

La musique était mon premier amour, il s’agit d’un art honnête. Mes artistes favoris sont trop nombreux pour pouvoir tous les nommer, mais en ce moment le groupe de rock The front bottoms m’inspire énormément. Leurs chansons sont remplies de paroles sur l’amour, la vie, la dépression et le spectre global des émotions humaines.

Mais ma principale source d’inspiration est venu de comédiens comme Doug Stanhope et Louis C.K. Bien que je dois l’inspiration à toutes ces personnes, je dois donner le crédit aux artistes DrewToonz et Nateturbow pour m’avoir motivé à commencer à partager mon art sur une plate-forme sociale : Instagram. J’adore leur travail et par conséquent, ils m’influencent beaucoup.

 

Le rapport aux femmes dans tes dessins est très dur.

J’utilise les femmes dans mon art afin de dépeindre les relations. Je n’ai jamais eu beaucoup de succès. Donc, si ma représentation des femmes peut paraître dure ou fruste, elle est finalement le reflet de mes échecs pour maintenir une relation saine avec elles.

Je les utilise aussi parfois pour symboliser le sexe. C’est une décision consciente de représenter les femmes comme une forme de débauche dans mes dessins, plutôt que quelque chose d’agréable parce que tout n’a pas été agréable dans ma vie jusqu’à présent.