Radius & Ulna : sur la route d’un mode de vie alternatif


Un jeune couple passionné de cuisine voyage en Europe avec un espace de travail peu commun. Ils expriment une alternative au quotidien et façonnent leur identité culinaire sur les routes du continent. 

Leur rapport au monde évolue au rythme de leur traversée de l’ensemble des pays européens qu’ils effectuent à bord de leur Van, aménagé par leurs soins en logement. Là où nos désirs matérialistes nous incitent chaque jour un peu plus à penser que l’on manque de quelque chose, ces nomades contemporains font du minimalisme une source de créativité. Sous le nom de Radius & Ulna, ils expérimentent une cuisine plus naturelle qui correspond à leurs nouvelles aspirations. À travers leurs photographies, Cécile et Simon révèlent la beauté de simples moments de vie. Leur quotidien nous amène à remettre en question notre situation et à nous demander, si finalement, ce n’est pas notre mode de vie qui est le plus incongru. Simon fait part de leur expérience.

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Radius & Ulna partagent leurs recettes sur leur site internet.

D’où vient ce désir de voyager, est-ce que tu avais cette idée en tête depuis longtemps, où est-ce cette rencontre avec Cécile qui vous a incité à concevoir un projet commun ? 

L’idée du voyage à travers l’Europe en van n’est pas venue toute seule. Il a fallu du temps avant qu’une idée concrète se dessine. J’ai toujours eu l’envie de voyager croyant dur comme fer que c’est le voyage qui instruit et qui forge un homme. Après un trip a vélo jusqu’en Espagne, en stop jusqu’en Norvège et un dernier trip à vélo jusqu’en Suède, je n’attendais que la fin de mes études pour LE grand voyage. Je m’imaginais parcourir l’Asie à pied ou traverser l’atlantique en bateau. J’aurais voulu partir pour le Tibet ou descendre les Amériques à vélo. Mon imagination n’avait que peu de limites.

Et puis j’ai rencontré Cécile. Le genre de rencontre qui change une vie. Par amour je m’étais résigné à vivre en ville dans un bel appartement et à trouver un travail. Mais ce fut plus fort que moi, il fallut qu’un soir vers 2h00 du matin dans un moment d’angoisse je me lance et lui propose « Cécile, veux tu voyager? » J’eus comme réponse « Il est tard Simon, ça se réfléchi se genre de chose ». C’était lancé.

On a commencé par fantasmer cet hypothétique voyage en parlant du Japon, de camping sauvage et de sac à dos. Mais ce n’était pas assez durable comme projet. Puis nous avons eu la révélation. Cécile m’a montré ce qu’avaient fait les gars de @therollinghome sur Instagram. 8 ans que ce couple vit dans leur van célébrant ce qu’il appelle l' »alternative living« . Le genre de van plus beau que ton appart et le genre de vie que tu vois sur internet qui te fait sérieusement douter de se que tu fais à encore envoyer des CV à des restaurants.

Je crois que c’est à partir de ce moment ou ça a pris une tournure sérieuse. Lorsque nous nous sommes imaginé aménager notre propre chez nous et que l’idée fut de visiter les 28 pays de l’Europe. Pas besoin de passeport ni de visa. L’espace Schengen nous offrait un vaste territoire à porter de main, pourquoi ne pas en profiter ? À prêt tout, L’Europe c’est chez nous!

Vous vous êtes imposé un certain rythme à tenir, et une date de retour ? Certains espaces doivent être plus durs à quitter que d’autres.

Quand on a commencé, on avançait très vite. On était partagé entre l’excitation et l’impatience que l’on avait de faire quelque chose de nouveau et les regrets de ne pas assez prendre notre temps pour profiter assez de ce que l’on faisait. On a donc traversé l’Espagne et le Portugal en à peine 2 mois. C’est à la fois beaucoup et si peu. Aujourd’hui je pense qu’on en a pris conscience et que notre manière de voyager a évolué.

Bien sûr le fait de quitter certains endroits nous brise le coeur. Seville, Lisbonne, Gerês, Cornwall, Skye, Glasgow… Mais on en garde que des bons souvenirs en rêvant qu’un jour, peut-être, on y remettra les pieds. Et puis rassembler tous ensemble, ces territoires dessinent une belle image de notre Europe, et elle, nous ne sommes pas prêt de la quitter!

En ce qui concerne notre rythme de voyage, on ne s’est rien imposé. Nous faisons en fonction des évènements et des saisons. Mises à part certaines fêtes de famille, les dates que nous prévoyons ne sont pas un objectif en soi. Si on a quelque chose de prévu sur le chemin, on prendra bien évidemment le temps de s’arrêter.

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Tu as l’ADN d’un aventurier, il te manquait sûrement quelqu’un pour calmer tes pulsions et réaliser un projet d’une plus grande envergure qui a dû nécessiter beaucoup de temps et d’organisation.

Pour l’ADN je ne sais pas. Mais j’avais en effet des rêves et beaucoup trop. Il a donc fallu qu’avec Cécile on en construise un ensemble. Ce projet devait nous correspondre tous les deux pour qu’elle comme moi on s’accroche à ce rêve. Du temps on en avait (quitter nos jobs a aidé) et de l’organisation, l’école hôtelière et les restaurants dans lesquels nous avions travaillé nous en avaient légué plus que nécessaire. C’est sûrement un ensemble d’éléments qui a fait que ce projet a vu le jour.

Ce fut tout de même quelque chose de le faire évoluer en faisant face à nos différentes angoisses et questionnements. Mais on a su se parler et s’entourer, nos familles nous ont supportés et aidés plus que ce que l’on aurai pu l’imaginer.

« Ce genre de vie que tu vois sur internet et qui te fait sérieusement douter de ce que tu fais » vous vous l’êtes vous-mêmes approprié pour en créer un à part entière avec au coeur du voyage : la cuisine. 

Internet fait grandement partie de notre voyage. Loin d’avoir voulu créer un « style de vie », raconter les récits de notre voyage avec des photos nous a permis de construire une communauté autour de notre projet. Cette communauté rassemble aussi bien des « vanlifers » que d’autres. Bien sûr, avec l’honnêteté, voir notre nombre de followers grandir nous donne envie d’aller encore plus loin. C’est quelque chose auquel on revient souvent et que l’on remet souvent en question.

Internet, pourquoi et comment le gérer dans un voyage qui se veut revenir « à l’essentiel ». Les réseaux sociaux restent un élément essentiel qui nous permet de rester connectés au monde actuel. La cuisine est venue après. L’idée du voyage était de couper court avec les restaurants dans lesquels nous avions pu travailler, mais ce fut plus fort que nous, il a fallu que l’on remette les mains aux fourneaux.

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Vous nous faites part d’une cuisine minimaliste et naturelle, c’est ce voyage qui vous inspire et vous incite à expérimenter cette approche culinaire ?

Nous pensons que la cuisine que nous faisons aujourd’hui est indissociable à ce que l’on peut appeler un mode de vie alternatif. Constamment en mouvement et bien souvent loin des grandes villes, nous nous devons de nous éloigner des grands supermarchés et des Hyper. Trop grand, trop aseptisé, trop de sucre, trop de graisse, rien de frais, rien de local. Pourquoi y mettre les pieds alors que les villages en bord de mer proposent les poissons pêchés le matin même à la sortie de leur bateau. Ou bien le boulanger qui prépare ses brioches le tôt le matin.

Nous avons la chance de pouvoir aller là où se trouvent les produits, alors nous essayons de le faire le plus possible. Et puis c’est être en contact avec ceux qui nous nourrissent. Les emballages que nous offre les super/hyper nous coupent de ce monde que nous aimons. Nous pensons aussi que la nourriture permet de faire passer un message. Tout le monde a un rapport positif à la nourriture. Nous prônons les légumes et le « fait soi-même ». Nous essayons de montrer qu’avec seulement deux casseroles, une poêle et un peu de créativité il est possible de faire des choses simples et variées, même dans un petit espace comme le van où l’on ne peut même pas se tenir debout.

Nous essayons aussi de faire comprendre que la cuisine c’est l’art de réfléchir aux gestes, de prendre son temps et de se faire plaisir. Ce ne doit pas être de la frustration. Nous voyons d’ailleurs cela comme une activité à part entière. Certains aiment l’escalade, le kayak, la randonnée ou les jeux vidéo. Nous, on aime cuisiner. Ce n’est pas le « voyage » en soi qui nous incite à développer notre approche culinaire, mais ce nouveau mode de vie.

J’aime dire que le van influence notre cuisine. Petit espace, limité en matérielle, mais pas en temps. Ces restrictions sont pour notre part une grande source de créativité. Une manière pour nous de pousser nos limites et de chercher toujours plus loin. « J’ai pu faire du pain sans four, qu’est ce que je vais pouvoir essayer ensuite ? »

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Ce nouveau mode de vie vous l’avez vous-même élaboré, à l’image de votre logement qui vous sert aussi de véhicule – ou inversement et que vous avez conçu vous-même. Malgré le caractère personnel de ce projet, avez-vous l’impression d’appartenir à une communauté de « vanlifers » ?

Ce que l’on appellera communauté des vanlifers est large. Elle comprend tous ceux qui vivent en van. Que ce soit occasionnel ou à plein temps. Ensuite il y a beaucoup de manières différentes de vivre en van. Table de pique-nique et barbecue, sports extrêmes, vie de famille, vie solitaire ou en couple. Mais je pense que oui, on peut dire que l’on vit la vie en van. Nous sommes tous différents, mais nous partageons tous les mêmes galères et le même bonheur que la vie sur la route peut offrir. Alors on joue le jeu et nous profitons pleinement de la #vanlife.

Vous êtes tous les deux diplômés en design culinaire. Une pratique qui englobe l’expérience de dégustation dans sa globalité. Le designer culinaire attache une grande importance aux senteurs, aux objets, aux aliments, à leur provenance – au monde qui l’entoure. La créativité paraît alors indispensable. Est-ce que l’inspiration se trouve davantage sur la route que dans un restaurant ?

Je rajouterai que le design culinaire c’est le processus de création du design appliqué à la cuisine (recherche et questionnement). L’inspiration ? Je pense que chacun la trouve à sa manière. Les cuisines des restaurants et notre école (École hôtelière d’Avignon) nous ont apporté énormément de connaissances et de techniques. Elles nous ont « montré leur chemin » dont on s’inspire toujours. Maintenant l’inspiration c’est tout ce qui gravite autour de nous.

Notre cuisine réduite, les rencontres que l’on fait sur la route, les produits que l’on trouve, etc. Mais on s’inspire toujours des restaurants. Dans chaque grande ville (Barcelone, Lisbonne, Glasgow) on essaye des restaurants. On adore toujours autant découvrir des nouveaux concepts et manger ce que l’on n’a pas fait nous même !

La fin de ce voyage est-elle datée ? Comment envisage-t-on de revenir à un mode de vie normé, de devoir chercher un travail, un logement fixe ou encore d’être entouré d’hypermarchés alors qu’actuellement vous donnez un tout autre sens à votre vie ?

Ce voyage n’a pas de date limite. Nous nous sommes donné comme objectif de découvrir notre continent (Europe). C’est-à-dire les 28 pays qui le composent. Mais on garde en tête l’idée que si on veut refaire un tour, rien ne nous en empêche.

En ce qui concerne le retour au quotidien, on y réfléchit encore. Je pense vraiment qu’après ce genre de vie il sera impossible de revenir à ce que l’on peut appeler un quotidien classique et de faire comme si rien ne s’était passé… Nous réfléchissons par contre à d’autres projets. Une sorte de prolongation de ce que l’on a entrepris. Je préférerai créer mon travail que de devoir en chercher un à nouveau. Les CV, les entretiens, les patrons, la ville ? Très peu pour moi. Il y a mille autres manières de subvenir à ses besoins ( va dire ça à mon père ! 😅 ).

À propos du retour au supermarché, je pense que l’on peut difficilement faire sans. Il faut juste savoir rester raisonnable. Nous sommes actuellement dans un espace qui cultive ses propres légumes. Ce serait le rêve pour nous. Mais comment se fournir en riz ou en sauce soja? On ne peut définitivement pas tout faire. Il s’agira juste de faire les bons choix, trouver le juste milieu. Pas besoin de faire de concessions. Il suffit de trouver le bon équilibre.

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